Le marché du nickel, métal indispensable à la transition écologique

29.08.2018
La consommation moniale de nickel est d’environ deux millions de tonnes par an, principalement pour l'élaboration d’aciers inoxydables. Le nickel est également un des métaux indispensables à la fabrication des cathodes des batteries Li-ion des véhicules électriques. Or la part de consommation du secteur des batteries Li-ion, qui reste encore marginale, devrait considérablement progresser au cours des prochaines années avec la croissance du marché des véhicules électriques et l’évolution des technologies vers des matériaux de cathodes plus riches en nickel et plus pauvres en cobalt.

Le marché du nickel est devenu déficitaire en 2016, pour la première fois depuis cinq ans, en raison d’une croissance importante de la demande chinoise et d’une d’offre minière insuffisante, résultat d’un embargo sur les exportations de minerais de nickel non valorisés, imposé par l’Indonésie en 2014. Les aciéristes chinois, qui dépendaient fortement du minerai indonésien pour leur approvisionnement, ont alors entrepris de relocaliser une partie de leur production de fonte de nickel en Indonésie.

Les cours du nickel de janvier 2011 à juin 2017. © BRGM – M. Le Gleuher

Les cours du nickel de janvier 2011 à juin 2017. © BRGM - M. Le Gleuher

Contexte

Le BRGM assure, auprès du Ministère en charge de l’Environnement, un suivi des marchés mondiaux des métaux et en particulier des substances importantes pour l’économie française comme le nickel, qui bénéficie actuellement d’un regain d’intérêt lié au développement de la filière des batteries lithium-ion pour les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie. Une étude du marché mondial du nickel a ainsi été conduite en 2017.

Objectif

L’étude a pour objectif d’analyser, d’une part le marché mondial du nickel dans son ensemble et, d’autre part, l’impact du développement du secteur des batteries Li-ion sur ce marché.

Programme des travaux

Les travaux ont consisté, dans un premier temps, à réaliser une étude couvrant l’état et l’évolution de l’offre, de la demande et des prix du nickel dans le monde et en particulier en Chine, ainsi que les politiques nationales influençant les fondamentaux du marché.

Résultats obtenus

Environ 70% du nickel produit dans le monde est utilisé dans la production des aciers inoxydables, les 30% restants étant destinés à la production d'autres alliages comme les superalliages, le nickelage ou les batteries. Le secteur des batteries (Ni-Cd, NiMH, Li-ion) ne représentait en 2016 que 3% de la consommation mondiale, qui s’élevait à 2,03 Mt.

Dopée par la croissance de sa production d’inox, la consommation de la Chine a progressé de 11 % à 1,1 Mt, soit plus de la moitié de la consommation globale de nickel primaire. La production mondiale ayant diminué de 7 %, à 2 Mt, le marché du nickel est devenu déficitaire en 2016, après 4 années de surplus.

Les aciéristes chinois dépendent fortement de leurs importations en minerai latéritique nickelifère pour alimenter les fours à fonte de nickel (nickel pig-iron – NPI). Leur approvisionnement a été perturbé en 2014 suite à la mise en place par le gouvernement indonésien d’un embargo sur les exportations de minerais non valorisés. La production de NPI a chuté de presque 30 % de 2013 à 2016, malgré une augmentation très importante des importations en provenance des Philippines, accentuant encore la dépendance de la Chine aux importations de nickel sous différentes formes. Les fabricants d’acier chinois se sont alors tournés vers le nickel raffiné russe, les ferronickels (Nouvelle-Calédonie, Birmanie, etc.), ainsi que la fonte de nickel indonésienne, dont la production a débuté en 2015. Une délocalisation de la production chinoise de NPI vers l’Indonésie, avec des investissements d’aciéristes chinois - comme Tsingshan le premier producteur mondial d'acier inoxydable - servant une production indonésienne destinée aux aciéries chinoises, a alors pu être constatée. La délocalisation se poursuit en aval avec la première production de nickel raffiné indonésien de Tsingshan en Sulawesi en 2017.

Importations chinoises de minerai de nickel de juin 2013 à mai 2017. © BRGM – M. Le Gleuher

Importations chinoises de minerai de nickel de juin 2013 à mai 2017. © BRGM - M. Le Gleuher

En termes de demande, la consommation de nickel du secteur des batteries Li-ion devrait progresser en lien avec la croissance du marché des véhicules électriques et l’évolution des technologies vers des matériaux de cathodes plus riches en nickel et plus pauvres en cobalt. Selon certaines projections, elle pourrait ainsi atteindre une demi-tonne de nickel en 2025 contre 70 kt en 2016. La production de sulfate de nickel, utilisé dans la fabrication des cathodes, est actuellement réalisée de façon économique à partir de nickel de grande pureté provenant du traitement de minerais sulfurés, comme les briquettes ou les poudres de nickel. Des années de surplus et les cours bas du métal n’ont pas favorisé le développement de nouveaux gisements sulfurés, de sorte qu’environ 60% du nickel produit actuellement est latéritique, ce qui pourrait engendrer des tensions futures sur l’approvisionnement en nickel de « qualité batterie ».

La production de sulfate de nickel est dominée par la Chine et les producteurs chinois actuels (Jinchuan, Jien etc.) se préparent à multiplier leur capacité de production pour répondre à une demande croissante. En dehors de la Chine, il faudra compter sur les projets de BHP (200 kt de NiSO4) en Australie et de Terrafame en Finlande (150 Kt), qui destine sa production à une filière batteries Li-ion européenne, encore inexistante.

Le retour partiel du minerai indonésien sur le marché en 2017 ainsi que les incertitudes sur l’approvisionnement en minerai philippin ont entretenu une forte volatilité des prix du nickel qui ont oscillé entre 8 700 et 11 000 US$/t au premier semestre 2017. Avec l’anticipation d’un marché fortement déficitaire en 2017 (de l’ordre de 100 kt) et des prévisions encourageantes de croissance de la demande, les cours du métal se sont ensuite maintenus au-dessus de la barre des 10 000 US$/t avec un pic à 12 695 US$/t en novembre 2017.

Les résultats de cette étude ont servi de base à la rédaction d’un article « Ecomine », publié sur le site Minéralinfo. Ils ont également été présentés dans le cadre d’un séminaire international en octobre 2017, à Nancy (1st International Workshop on the geochemical cycle of nickel).

Partenaire

Bureau de la politique des ressources minérales non énergétiques de la Direction de l’Eau et de la biodiversité du ministère chargé de l’environnement