Méditerranée : assurer la sécurité de l'eau en contexte de changement global

31.01.2019
Pénurie, eaux souterraines surexploitées, augmentation des besoins dus à la démographie, à l'agriculture et à la croissance économique, le tout dans un contexte de changement climatique... le BRGM mène des travaux de recherche sur les questions tant socio-économiques que sur le fonctionnement des aquifères.

Barrage Ibn Batouta à l'aval du bassin Tleta (Maroc). Ce barrage est utilisé depuis 1977 pour l'alimentation en eau potable de la ville de Tanger. Sa capacité initiale de stockage de 45 Mm³ est réduite aujourd'hui à 30 Mm³ à cause d'un taux d'envasement annuel représentant 1 % du volume du barrage. © BRGM - C. Hérivaux

Barrage Ibn Batouta à l'aval du bassin Tleta (Maroc). Ce barrage est utilisé depuis 1977 pour l'alimentation en eau potable de la ville de Tanger. Sa capacité initiale de stockage de 45 Mm³ est réduite aujourd'hui à 30 Mm³ à cause d'un taux d'envasement annuel représentant 1 % du volume du barrage. © BRGM - C. Hérivaux

L'enjeu est crucial, autant que les problèmes sont gigantesques à résoudre : la sécurité de l’eau, au-delà même du contexte géopolitique que l’on connaît, se présente sur le pourtour méditerranéen comme un défi que politiques et scientifiques se doivent d’anticiper avec le plus grand soin.

Le décor est en effet planté avec un risque majeur, si le sujet n’est pas traité dès maintenant. Alors que près d’un cinquième de la population mondiale actuelle vit dans des zones de pénurie d’eau, le programme des Nations Unies pour l’environnement prévoit que plus de deux milliards de personnes subiront des conditions de « stress hydrique » élevé d’ici 2050. Au premier rang des régions concernées : les pays méditerranéens d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, qui possèdent déjà la quantité en eau par habitant la plus faible au monde, pourraient voir ces risques liés à l’accessibilité à l’eau s’aggraver, avec les conséquences sociales, économiques et de conflits que l’on imagine.

Une situation à laquelle vient s’ajouter le contexte de changements globaux, environnementaux et climatiques : un climat variable incertain, des pressions polluantes et des phénomènes météorologiques extrêmes augmentent les tensions sur les ressources en eau à un rythme sans précédent.

Une digue gonflable amovible en période de crues sur le Gapeau. Elle maintient la nappe en charge et empêche la remontée du biseau salé (2011). © BRGM

Une digue gonflable amovible en période de crues sur le Gapeau. Elle maintient la nappe en charge et empêche la remontée du biseau salé (2011). © BRGM

Un cocktail aquatique explosif

Concrètement, le cocktail est explosif. Le développement de l’agriculture sous irrigation mobilise les eaux souterraines dans certains pays du Maghreb. Leur utilisation intensive, avec le déploiement rapide et important de puits et de forages privés, a certes permis le développement économique du secteur agricole. Mais elle a aussi de nombreuses portées environnementales : tarissement de nappes, dégradation de la qualité de l’eau et des sols, intrusion d’eau saline (un phénomène irréversible qui pourrait s’aggraver avec le changement climatique)... Ce qui vulnérabilise à leur tour les agricultures qui en dépendent. Sans compter que le recours à l’eau souterraine augmente aussi avec les besoins liés au tourisme.

« On peut s’attendre à ce que la crise de l’eau se double d’une crise agricole et alimentaire si l’on ne fait rien dès aujourd’hui », résument des scientifiques du BRGM.

520 millions d'habitants en 2020 dans le bassin méditerranéen. Augmentation de +2 à +4°C des températures et diminution de 4 à 30 % des précipitations en 2050

Des travaux pluridisciplinaires

On comprend à quel point il est urgent d’avoir une compréhension fine de ces risques et de leurs impacts, pour faciliter la prise de décision. Des travaux scientifiques pluridisciplinaires sont nécessaires, et de nouvelles politiques de gestion des territoires devront être expérimentées.

Le BRGM mène ainsi des recherches sur l’évaluation de tels phénomènes à long terme sur la disponibilité et la qualité des eaux, avec des sites pilotes en zones côtières au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Grèce et en France. C’est le projet Eranet-Med MEDAQCLIM, pour lequel a pu être développée une nouvelle technique de modélisation des processus de transport adaptée aux aquifères hétérogènes.

Les chercheurs essaient également de mieux connaître les facteurs déterminant la consommation d’eau, et de prévoir leur évolution à moyen et long terme, notamment pour les villes. Les travaux visent en particulier à quantifier l’incertitude relative aux besoins futurs au moyen d’approches
probabilistes. On développe et on teste des stratégies d’adaptation au changement global en impliquant dans leur conception les acteurs à différentes échelles. Le BRGM s’est intéressé, avec le projet ALMIRA, aux répercussions des formes d’occupation du sol agricole au Maroc sur le ruissellement et le risque d’érosion, en contexte de précipitations extrêmes.

Bref, on le voit, le BRGM s’investit pleinement dans cette problématique de sécurité de l’eau en Méditerranée, et pourra être un des acteurs scientifiques de la mise en oeuvre de la feuille de route pour la prochaine décennie de PRIMA, le partenariat euro-méditerranéen pour la recherche et l’innovation, centré sur les ressources en eau, l’agriculture et l’alimentation.

Carte de la salinité de l'eau de la nappe alluviale du bas Gapeau au printemps 2003 simulée par le modèle maillé. © BRGM

Carte de la salinité de l'eau de la nappe alluviale du bas Gapeau au printemps 2003 simulée par le modèle maillé. © BRGM