Implications économiques de trajectoires d’adaptation aux risques littoraux sur le long terme, Petit Bourg (Guadeloupe)

04.11.2019
Dans un contexte de changement climatique, les territoires côtiers doivent dès à présent anticiper les stratégies d’adaptation à mettre en œuvre. Parmi les stratégies préconisées à l’échelle nationale, la relocalisation soulève de nombreuses questions d’ordre technique, social et économique. L’analyse des différentes trajectoires d’adaptation sur le long terme d’un territoire d’outre-mer face aux risques littoraux a permis de comparer leurs implications économiques.

Evidences de glissement de terrain superficiels marqueurs d’un glissement de terrain de grande ampleur de l’ensemble du versant dans le secteur de Pointe à Bacchus de la commune de Petit-Bourg (Guadeloupe). © BRGM

Le besoin

Le secteur de Pointe à Bacchus, situé au nord de la commune de Petit-Bourg, est soumis à deux types d’aléa mouvements de terrain : un aléa à cinétique rapide de type rupture de talus, et un aléa à cinétique lente de type glissement de terrain (de probabilité faible). Ce secteur résidentiel regroupe une quarantaine de logements en partie situés sur la bande de 50 pas géométriques, et majoritairement occupés par des habitants sans titre de propriété. Ce projet a été initié afin de répondre à une double demande de la DEAL Guadeloupe : (1) construire et dérouler dans le temps des trajectoires d’adaptation potentielles visant à protéger les populations de ce territoire sur le long terme et (2) comparer les implications économiques de ces trajectoires, en particulier la répartition des coûts entre l’Etat et les ménages concernés par la relocalisation.

Les résultats

Sur le secteur de Pointe à Bacchus, trois types de trajectoires sont proposées:

  • la relocalisation de l’ensemble des habitations dès 2020 (R) ;
  • la relocalisation, en 2020, des habitations menacées par la rupture de talus, la mise en place d’un dispositif de surveillance du grand glissement de terrain et la relocalisation éventuelle, en 2030, des ménages concernés (RS) ;
  • la protection, en 2020, des habitations menacées par la rupture de talus, la mise en place d’un dispositif de surveillance du grand glissement de terrain et la relocalisation éventuelle, en 2030, des ménages concernés (PS).

Afin de réduire les coûts de la relocalisation, une variante avec autorisation d’occupation temporaire (AOT) est envisagée dans chaque trajectoire pour les ménages dont les logements sont menacés à terme par le grand glissement de terrain.

En termes d’implications économiques, la relocalisation de l’ensemble des habitations dès 2020 (trajectoire R) générerait un coût d’environ 8 millions d’euros et concernerait 34 ménages, dont 22 sans titre de propriété. Deux leviers permettraient de réduire le coût de la relocalisation :

  • La mise en place d’un système de surveillance du grand glissement dès 2020 afin d’améliorer la connaissance de l’aléa dans le temps et de relocaliser les habitations menacées par le grand glissement seulement en cas de risque avéré (trajectoires PS et RS) ;
  • Donner la possibilité aux ménages de continuer à occuper leur logement pour une durée déterminée à l’avance en fonction de l’évolution attendue de l’aléa via des dispositifs de type autorisation d’occupation temporaire (AOT), ce qui permettrait de réduire jusqu’à 45% le coût total de l’adaptation, et jusqu’à 100% du coût restant à charge des ménages relocalisés.

L’utilisation

Outre l’apport important des implications économiques pour faciliter la prise de décision des pouvoirs publics, cette démarche pourrait être répliquée pour la construction et l’évaluation de trajectoires d’adaptation sur d’autres territoires menacés par les risques littoraux sur le long terme.

Exemple de la trajectoire d’adaptation PS protection et surveillance (p : probabilité d’occurrence du glissement de terrain). © BRGM