Surveillance de l’évolution des deux glissements de terrain à l’Est de Grand-Îlet, Ravine Roche à Jacquot (La Réunion)

18.08.2016
Dans le contexte tropical de La Réunion, île volcanique jeune au relief escarpé, les cyclones engendrent fréquemment des déstabilisations gravitaires (glissements de terrain, chutes de blocs, coulées de boue...).

Lorsque ceux-ci se produisent à proximité du lit d’une rivière, des phénomènes d’embâcle peuvent se produire et engendrer une menace à court/moyen terme pour les enjeux localisés en aval des bassins versants. Un suivi régulier des instabilités est recommandé afin d’estimer le risque résiduel à l’échelle locale et régionale.

Vue aérienne du glissement aval de la Ravine Roche à Jacquot dont le volume effondré est de l’ordre de 315 000 à 350 000 m3

Vue aérienne du glissement aval de la Ravine Roche à Jacquot dont le volume effondré est de l’ordre de 315 000 à 350 000 m3.

Contexte

Suite au passage du cyclone Bejisa en janvier 2014, la DEAL de La Réunion a sollicité le BRGM Réunion pour réaliser une surveillance de deux phénomènes gravitaires affectant la Ravine Roche à Jacquot en lien avec le glissement de grande ampleur de Grand-Îlet.

Objectif

Les objectifs de la mission étaient les suivants :

  • déterminer l’évolution morphologique et temporelle de deux glissements de terrain survenus au cours du cyclone Bejisa dans la ravine Roche à Jacquot ;
  • évaluer d’éventuels risques résiduels (embâcle, réactivation...) ;
  • si besoin, proposer des solutions de mise en sécurité (intervention dans le lit de la ravine, élagage…).

Programme des travaux

Les investigations de terrain ont consisté à effectuer trois diagnostics géologiques :

  • à la suite des événements gravitaires (janvier 2014) ;
  • avant la saison cyclonique 2015 ;
  • après la saison cyclonique 2015.

Les diagnostics reposent sur des observations effectuées lors d’un survol héliporté et lors de reconnaissances pédestres sur les glissements de terrain, à l’aide de mesures effectuées au télémètre laser et au GPS.

Résultats obtenus

Pour les deux glissements de terrain, la géométrie et la morphologie n’ont pas évolué de manière notable. Aucune observation réalisée n’a permis de mettre en évidence un recul significatif en tête du glissement ou une modification prononcée de la pente moyenne des matériaux.

En ce qui concerne le glissement de la Ravine Roche à Jacquot aval (volume estimé entre 315 000 et 350 000 m3), les matériaux localisés en pied de glissement, dans le lit de la Ravine Roche à Jacquot, ont été remobilisés par les crues engendrées par la tempête tropicale Haliba qui a affecté La Réunion en mars 2015 (878 mm ont été enregistrés par le pluviomètre de Grand-Îlet en 48h glissantes). Le risque d’embâcle a diminué entre les diagnostics réalisés avant la saison cyclonique 2015 et la fin de la saison cyclonique 2015, dans la mesure où le bouchon constitué par les arbres enchevêtrés a été emporté. Le cours d’eau n’est donc plus encombré en pied du glissement de terrain.

En ce qui concerne le glissement de terrain du secteur Nourry (volume estimé entre 3 000 et 5 000 m3), les matériaux du pied de glissement ont été remobilisés sur la totalité de la largeur du glissement de terrain. Le volume mobilisé est estimé à 10 000-12 000 m3 environ (50 m de linéaire le long de la ravine x 10 m de haut x 25 m d’épaisseur). Ces matériaux étaient majoritairement constitués de blocs rocheux dénués de matrice. La pente moyenne des matériaux glissés est donc désormais plus forte dans la partie inférieure du glissement de terrain favorisant des glissements de pied, voire des réactivations depuis le haut (érosion régressive).

Dans la mesure où les pieds des glissements de terrain suivis ne sont pas stabilisés, il a été recommandé de continuer le suivi de leur évolution au cours de la prochaine saison cyclonique (notamment après l’occurrence d’un phénomène pluvieux intense ou en fin de saison cyclonique). La surveillance pourrait également se faire selon une procédure visant à quantifier les évolutions morphologiques (LIDAR ou photo aérienne par drone). Au-delà d’un suivi plus précis et d’un traitement homogène à l’échelle de glissement, ces données pourront être valorisées pour développer les connaissances relatives aux modalités de transport solide à La Réunion (eg : calibration de modèle de simulation numérique…).

Partenaire

DEAL de La Réunion

 effacement de l’embâcle constitué d’arbres enchevêtrés et incision du lit par remobilisation de matériaux (cercle rouge) Le trait jaune marque une crête commune aux deux photos

Évolution du pied de glissement : effacement de l’embâcle constitué d’arbres enchevêtrés et incision du lit par remobilisation de matériaux (cercle rouge).
Le trait jaune marque une crête commune aux deux photos.

 sa géométrie est donc restée relativement constante au cours de la saison cyclonique 2015

Vue vers le Sud du glissement de terrain et localisation des principales observations insitu.
Polygone orange : zone d’épandage des matériaux du pied du glissement de terrain, remobilisés par la ravine Roche à Jacquot.
Les pentes mesurées dans la partie inférieure du glissement sont supérieures à 35°, c’est-à-dire supérieure à la stabilité naturelle de ce type de matériaux.
1. Zone d’épandage des matériaux du pied du glissement de terrain, remobilisés par la ravine Roche à Jacquot.
2. Pied du glissement de terrain, secteur Sud.
3. Pied du glissement de terrain, secteur Nord : dégagement de l’embâcle constitué d’arbres enchevêtrés et formation d’une cascade d’une hauteur de 8 m suite à l’incision du cours d’eau.
4. Zone centrale du glissement de terrain : hormis les réajustements ponctuels internes au glissement, la zone centrale n’a pas subi d’évolution significative : sa géométrie est donc restée relativement constante au cours de la saison cyclonique 2015.