Mise en place de l’Observatoire de la dynamique côtière de Guyane

11.08.2016
Sous l’impulsion de la "Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte", initiée par le Grenelle de la Mer en 2009 et mise en place en 2012, les pouvoirs publics ont souhaité mettre en œuvre un Observatoire de la dynamique côtière. La DEAL de Guyane et le BRGM se sont alors associés pour mettre en place l’Observatoire de la dynamique côtière de Guyane.

Initié en 2014, il a été  officiellement présenté le 10 avril  2015 lors d’un séminaire d’une journée réunissant les parties prenantes de la question littorale sur le territoire : élus et représentants des services des collectivités, services de l’État (DEAL), organismes de recherche, bureaux d’études, organes gestionnaires des espaces naturels (Parcs Naturels Régionaux et réserves naturelles) et partenaires. Il s’inscrit dans une logique de suivi durable des zones côtières pour constituer un appui aux politiques publiques de gestion du littoral ainsi qu’une source de retours d’expérience.

Complémentaire d’autres outils déjà en place (plateforme SIG de la Région Guyane et portail Géoguyane), l’Observatoire porte une ambition de concertation et d’aide à la décision.

Digue de protection à Kourou en Octobre 2015 © BRGM

Digue de protection à Kourou en Octobre 2015. © BRGM

Contexte

Le littoral guyanais se caractérise par une dynamique morpho-sédimentaire parmi les plus actives au monde, du fait qu’il se situe sous l’influence immédiate du fleuve Amazone, dont l’embouchure est située environ 500 km au sud, au Brésil.

Les sédiments charriés par le fleuve depuis les Andes sont déversés dans l’Atlantique et entraînés par le courant vers le nord le long des  côtes de Guyane. Les sédiments floculent et s’agrègent en bancs de vase (100 à 500.106 m3 de vase) au niveau de l’estuaire de l’Oyapock au sud-ouest de la Guyane mettant, de fait, la côte en situation d’évolution constante.

Ils se déplacent sur les 1 500 km du linéaire côtier guyanais et se dispersent à l’embouchure de l’Orénoque au Venezuela, si bien que les plages guyanaises connaissent une alternance entre une période avec un banc de vase et une sans banc de vase (zone dite en "inter-banc"). Ce phénomène conditionne toute la dynamique côtière car la présence, ou non, de bancs va déterminer l’installation et le retrait, cycliques, de forêts de mangrove protectrices ainsi que la puissance avec laquelle la houle, qui attaque frontalement la côte par le nord, va atteindre les plages et modifier leur profil (les bancs dissipent une grande partie de l’énergie des houles arrivant sur la côte, contrairement aux zones en "inter-bancs" qui présentent une grande vulnérabilité vis-à-vis des tempêtes marines).

Position du banc de vase sur l'île de Cayenne en 2015  © USGS et Landsat 8

Position du banc de vase sur l'île de Cayenne en 2015. © USGS et Landsat 8

On estime ainsi que 75% du littoral guyanais est aujourd’hui menacé par les fluctuations du trait de côte, ce qui contraint fortement la mise en valeur et l’aménagement du littoral guyanais. Ces contraintes devraient en outre connaître une accentuation en raison du changement climatique et de l’augmentation du niveau de la mer.

Parallèlement à ces phénomènes, l’essentiel de la population et des activités se concentrent sur le littoral. Dans ce contexte, la dynamique littorale s’inscrit au cœur des préoccupations des collectivités et des services de l’État.

Objectifs

Sous l’impulsion de la "Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte", la DEAL de Guyane et le BRGM se sont associés pour mettre en place l’Observatoire de la dynamique côtière de Guyane.

Initié en 2014, l’Observatoire a été officiellement présenté aux partenaires lors d’un séminaire, en avril 2015. Il s’appuie sur un comité de pilotage associant les collectivités locales et les organismes gestionnaires des espaces protégés du littoral, et d’un conseil scientifique présidé par le CNRS.

Observatoire de la dynamique côtière de Guyane

Observatoire de la dynamique côtière de Guyane.

L’Observatoire s’inscrit dans une logique de suivi durable des zones côtières pour permettre un appui aux politiques publiques de gestion du littoral ainsi qu’une source de retours d’expérience et d’aide à la décision lors des événements côtiers exceptionnels.

Programme des travaux

Pour suivre la dynamique côtière, l’Observatoire se focalise sur le suivi de la position du trait de côte, défini comme la limite de front de mangrove et la limite de végétation pionnière pour les plages sableuses, ainsi que sur les levés de profils topo-bathymétriques. Courant 2014-2015, le suivi s’est effectué sur trois sites : les plages de la presqu’île de Cayenne, les plages de Kourou et celles d’Awala-Yalimapo.

Bateau équipé pour effectuer les mesures bathymétriques © BRGM

Bateau équipé pour effectuer les mesures bathymétriques. © BRGM

Résultats obtenus

Sur les plages de la presqu’île de Cayenne (anses de Rémire, Monjoly et Montabo), on observe un envasement généralisé et progressif des anses.

Leurs évolutions morphologiques se sont stabilisées et on n’observe plus de variations significatives au niveau des profils de plage et de la position du trait de côte. Sur la plage de Montabo, on observe un phénomène de rotation de plage :, engraissement de la partie Est de l’Anse et érosion de son extrémité Ouest.

Au niveau du littoral de Kourou, sur la grande plage et la plage des Roches, on observe également un phénomène de rotation de plage : engraissement progressif des profils de plages situés vers l’Est et tendance à l’érosion en allant vers l’Ouest. Les valeurs maximales observées de recul du trait de côte sur la partie Ouest de la grande plage de Kourou atteignent 30 à 40 m. Ce recul très préoccupant menace à court terme les enjeux situés en arrière de la plage et la fragilisation du cordon sableux le rend particulièrement vulnérable aux phénomènes de submersion marine. A court terme, aucun signe ne laisse penser à une inversion de la tendance au recul du cordon sableux dans ce secteur.

Évolution du trait de côte sur le littoral de Kourou © BRGM

Évolution du trait de côte sur le littoral de Kourou. © BRGM

Enfin, sur la plage des Hattes à Awala-Yalimapo, on observe une relative stabilité des profils de plage et du trait de côte. Le phénomène le plus marquant est la rapide progression du banc de vase vers l’Ouest qui protège maintenant la partie orientale de la plage.

Partenaires

DEAL de Guyane (copilotage du projet)
Communes du littoral
Communautés de communes et communauté d’agglomération
CNRS (présidence du conseil scientifique) IFREMER
Parc Naturel Régional de la Guyane (PNRG)
Conservatoire de l'Espace Littoral et des rivages lacustres (CEL)
Association Kwata