Étude d’évaluation des risques sur le territoire des ardoisières d’Allassac (Corrèze)

11.08.2016
Le suivi de la stabilité des anciennes ardoisières d’Allassac a été financé par le fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit "Fonds Barnier", et le BRGM. Il a été mis en place suite à plusieurs événements de mouvements de terrain, précurseurs de l’apparition de risques aux personnes et aux biens. Le principal événement a eu lieu en janvier 2014 et ses effets se poursuivent encore en 2016.

Ces mouvements de terrain se produisent au droit d’anciens sites industriels d’extraction ardoisière. Cette activité économique, qui cessa dans les années 70 après avoir connu un apogée au début du siècle dernier, a en effet laissé sur ce territoire, en partie urbanisé, des cavités souterraines de grande extension sous un toit de schiste de relativement faible épaisseur.

Ce projet a pour vocation de porter à connaissance un risque patent d’effondrement violent sur des territoires à enjeux. Dès les premières investigations en janvier 2014, les mesures de sécurité immédiatement proposées ont permis la mise en sécurité des personnes. Des effondrements se sont produits dans les six mois qui suivirent.

Effondrements du Puits GF2 (Allassac, Corrèze) © BRGM

Effondrements du Puits GF2 (Allassac, Corrèze). © BRGM

Contexte

Avec le projet d’étude complémentaire d’évaluation des risques sur le territoire des ardoisières d’Allassac, le BRGM et la DREAL, partenaires, ont poursuivi une démarche de porter à connaissance d’un risque « naturel » de mouvements de terrain que la vétusté des anciens sites d’extraction des ardoises de Corrèze rend patent au début des années 2010. Cette ressource économique est encore exploitée, en partie sur la commune d’Allassac et en partie sur le site de Travassac (19) par une extraction à ciel ouvert.

Au début du XXème siècle, cette industrie ardoisière  se développe à la faveur d’un gisement connu depuis le XVIème siècle et auquel le développement du transport ferroviaire va ouvrir le marché national.

Le mode d’exploitation se fait sous forme de puits d’accès à des chambres souterraines ; parfois en « catiche » (réalisation d’un puits qui va être évasé progressivement, jusqu'à donner à la cavité finie une forme de bouteille), parfois sous formes de grandes chambres souterraines accessibles par plusieurs puits (jusqu’à 5 puits) pour accéder ou extraire les matériaux d’une unique chambre souterraine.

La profondeur du puits est généralement comprise entre 10 et 15 mètres pour une ouverture de 10 mètres de côté. La chambre souterraine peut atteindre 60 mètres de long sur 15 de large et 80 mètres de profondeur au niveau du sol de l'exploitation.

Une première phase de ce projet a débuté en 2014 à la suite d’un effondrement partiel de voûte aux abords immédiats d’un puits d’accès encore ouvert. 54 puits au total et autant de cavités potentielles ont été inventoriés. La moitié de ces puits est totalement ou en partie obstruée. Ces remblais ont une stabilité très relative, à l’image des nombreux débourrages cités par les témoins et riverains de ces sites.  Au cours de cette première phase, le BRGM a relevé  l’existence d’un aléa important sur la zone investiguée. Le croisement avec les enjeux de ce territoire met en exergue des zones de risques élevés.

La seconde phase de l’étude, en 2015, a permis la quantification de ce risque sur ces zones et a également entraîné des investigations sur d’autres sites du territoire communal, que la mémoire locale avait révélé au terme de la première étude.

Le BRGM a en charge, depuis la phase 1 du projet Allassac, de conduire l’acquisition de données sur l’ensemble des sites de ces anciennes ardoisières : site en périphérie urbaine de vingt hectares, sites isolés au voisinage de voies de communication et/ou d’un habitat plus dispersé. Des documents d’information à destination de la Mairie d’Allassac, des services préfectoraux, de la DDT et de la DREAL ont également été élaborés afin de conduire, au fur et à mesure de l’évaluation des risques, à la mise en sécurité des biens et des personnes.

Objectifs

L’objectif essentiel de cette phase a été d’objectiver les critères conduisant à la mise en sécurité des personnes. Trois évènements se sont en effet succédé en deux ans. Le premier a conduit à une évacuation préventive d’une parcelle accueillant du public qui s’est effondrée 6 mois plus tard.

Plusieurs arrêtés de mise en sécurité des biens et des personnes ont été sollicités en cours d’étude.

La phase 2015 a permis la quantification de l’aléa modélisé par l’étude préliminaire. Les secteurs à enjeux, humains et socio-économiques, ont été investigués de manière indirecte (micro-gravimétrie) puis par sondages pour être confirmés. En parallèle, des actions d’information et de mise en sécurité sur les zones à enjeux ont été mises en place.

Cette phase s’est également appuyé sur des investigations sonar ou laser des cavités souterraines découvertes pour évaluer les volumes de vides, l’épaisseur des toits et l’extension précise de ces anciennes chambres d’exploitation souterraines, pour  quantifier in fine le risque.

Durant ces travaux, les sites suivis ont continué à évoluer, se tasser ou s’effondrer, l’accent a donc été mis en permanence sur la sécurité et la concertation publique, la communication entre acteurs locaux et services de l’État, dans le souci de protéger les enjeux locaux.

Programme des travaux

Ce projet a été conduit par un comité de pilotage réunissant les acteurs locaux, Mairie et ComCom, et les acteurs de la thématique « Risques » des services déconcentrés de l’État (DREAL, DDT) et de la Préfecture de Corrèze. La méthodologie développée se fonde sur une évaluation normée du risque (inspirée des travaux du groupe de travail MEZAP "MEthodologie de Zonage de l’Aléa chutes de Pierres").
Le choix des méthodes d’investigation s’est basé sur l’expérience du BRGM en contexte de cavités souterraines, sur la disponibilité des méthodes dans l’espace et dans le temps. Chaque site à enjeux a été classé et une emprise géographique des aléas a été évaluée au regard du comportement attendu des formations en place en contexte similaire.

Résultats obtenus

Le principal résultat obtenu est le système d’information géographique qui porte, à l’échelle de ce territoire, l’information sur la nature des aléas et l’exposition des enjeux ainsi qu’une estimation du risque, et qui a conduit au porter à connaissance des acteurs départementaux et locaux.

L’industrie ardoisière en Corrèze ne s’étant pas limitée à une seule commune, plusieurs autres sites sont concernés par cette problématique. Leur inventaire et étude, sur le massif schisteux potentiellement ardoisier de Corrèze et de Dordogne, est  inscrit au titre des actions à venir du BRGM en partenariat avec la DREAL ALPC.

Partenaires

Mairie d’Allassac
DREAL
DDT
Préfecture de Tulle
Sécurité Civile GRIMP19
Conseil départemental de Corrèze
Communauté d’agglomération du Bassin de Brive
RFF
RTE
GRDF