Economie et gestion des ressources: quelles perspectives pour demain ?

06.05.2015
Quelle sera l’acceptabilité sociale des mesures en faveur des économies d’eau, aussi bien par le grand public pour l’eau potable que chez les agriculteurs pour l’irrigation ? Maîtrise de l’irrigation en milieu agricole, optimisation de la consommation en eau potable dans les villes… L’enjeu de l’eau pour les générations futures est capital. Le BRGM développe une large batterie de travaux prospectifs visant à identifier les stratégies d’adaptation à moyen terme.

Evolution réglementaire, changement climatique et croissance urbaine : le  contexte est  sans appel, nous sommes aujourd’hui dans une perspective de rareté accrue et de tensions croissantes pour le partage de la ressource en eau.

Pour garantir une gestion équilibrée des  ressources, l’État  met en  effet en place un système de plafonnement des prélèvements dans les  bassins jugés déficitaires en  eau,  et  l’effort de  réduction sera  considérable pour le secteur agricole.  Le  changement  climatique quant à lui réduit le volume disponible tout en augmentant les besoins d’irrigation. Enfin  la croissance et  l’étalement urbains créent de nouvelles contraintes d’approvisionnement…

Carte d'évolution de la consommation d'eau entre 2007 et 2030

Carte d'évolution de la consommation d'eau entre 2007 et 2030 : hypothèse SCOT V1 avec prise en compte des évolutions du changement climatique et du mode de consommation (secteur Montpellier - Hérault).

Résultat : il faut mener des  travaux de prospective visant à identifier les  stra- tégies d’adaptation à moyen terme. Le BRGM conduit des  recherches appli- quées aux problématiques agricoles et urbaines, en partenariat avec l’UMR G-EAU (Montpellier),  l’UMR CIRED (AgroParisTech) et des acteurs des territoires (agences de l’eau, ONEMA, agglomérations…).

Irrigation agricole : faire accepter la régulation

La  mise en place de volumes d’eau prélevables va imposer une réduction des quantités par agriculteur. C’est un changement de paradigme, car l’eau est généralement considérée comme en accès libre  (à l’exception de quelques zones du centre et de l’ouest ou du sud-ouest de la France).

Cela pose la question de la répartition : Qui ? Quels volumes ? Quelles règles et quels instruments économiques pour inciter ?

Le BRGM a mené un travail de prospective participative avec des acteurs de la gestion de l’eau et des agriculteurs dans cinq départements en France. Parmi les solutions, la mise en place d’instruments économiques comme un système de bonus-malus, un contrat de solidarité permettant aux agriculteurs qui le souhaitent de mutualiser leur quota d’eau afin  de  l’utiliser avec une plus grande flexibilité, ou encore un système de quotas échangeables (sur le principe d’un  marché de l’eau)  visant à introduire de la souplesse dans l’utilisation par  les agriculteurs une fois l’allocation initiale réalisée.

Mais ces outils ne pourront être efficaces que s’ils  sont acceptés par  la  population. Mise  aux enchères, répartition au prorata de l’utilisation actuelle… : il faut comprendre ce qui est considéré comme un partage "juste et équitable" de l’eau.

L'irrigation agricole, une régulation à faire accepter.

Réseaux d'eau potable: des fuites conséquentes !

La question de la rareté en  eau potable se pose  en termes différents. Les collectivités ont la charge d’optimiser la gestion technique et économique de l’eau,  afin de satisfaire à moindre coût la demande d’une  population  croissante.  L’enjeu consiste ici à combiner des actions pour augmenter les ressources disponibles avec d’autres actions d’économies. Ce qui signifie nouvelles ressources souterraines, transferts interbassins et  dessalement d’eau  de mer… Et d’autre part généralisation des  équipements hydro-économes, nouvelles formes d’urbanisme à habitat plus dense avec des espaces verts moins consommateurs, tarification incitative (saisonnière, tarification par  palier crois- sant…), sans oublier la réduction des fuites dans les réseaux d’eau  potable, qui  sont encore de l’ordre de 30 % dans la plupart des départements !

Evaluation du volume d'eau utilisé pour les usages extérieurs (piscines, jardins) à partir d'imagerie à très haute résolution.

Les travaux qui  sont menés par  le BRGM en France, mais aussi aux USA, en Australie ou en Espagne concernent aussi bien l’acceptabilité sociale des mesures en faveur des économies d’eau,  que des méthodes consistant à estimer les  besoins théoriques à partir de photos aériennes, ou la construction d’un  outil de simulation des  besoins en eau associés à différents scénarios de croissance démographique, de formes d’urbanisme, de tarification de l’eau potable.