"Le socle de l’information géologique en France"

11.02.2013
Interview de Jean-Claude Guillaneau, Directeur des Géoressources du BRGM. Après le programme de la carte géologique, le Référentiel Géologique de la France proposera une représentation 3D du sous-sol.

Portrait de Jean-claude guillaneauDans quel contexte et pour répondre à quels objectifs le Référentiel Géologique de la France (RGF) se met-il en place ?

Avec l'achèvement récent de la carte géologique à 1/50 000, soit 1 060 cartes harmonisées qui couvrent l'ensemble du territoire français, le BRGM dispose d'un outil d'information géologique parmi les plus aboutis au monde.

Toutefois, l'évolution des besoins liés aux domaines d'application des géosciences requiert aujourd'hui que soient développés de nouveaux outils, capables d'intégrer et de valoriser la masse d'information considérable dont nous disposons sur le sous-sol, ce qu'une carte ne peut pas faire.

C'est l'ambition du RGF : collecter puis recombiner, au sein d’un système d’information tridimensionnel, toutes les données de surface et du sous-sol - jusqu'aux premiers kilomètres sous la surface - à la lumière des nouvelles interprétations scientifiques, et offrir ainsi une nouvelle représentation géologique du territoire français.

Le projet RGF ne concerne pas seulement le BRGM ?

La vocation du RGF est, à terme, d'être un système d'information globale pour l'ensemble de la communauté scientifique, et de constituer ainsi le véritable socle de la connaissance géologique française.

Si sa réalisation constitue le premier objectif du contrat Etat-BRGM 2013-2017, conférant au BRGM un rôle de cheville ouvrière, sa vocation est bien de constituer un “programme commun” de recherche avec le monde académique.

C'est pour cette raison que sa gouvernance est assurée par un comité directeur assisté d'un conseil scientifique où siègent 42 membres représentant les Universités, le CNRS, les écoles de géologie françaises et le BRGM.

Le RGF va ainsi se mettre en place graduellement, sur une plateforme d’échange ouverte à l'ensemble de la communauté scientifique impliquée, signataire d'une charte définissant les conditions de son élaboration et de son utilisation.

Grâce aux compétences développées au BRGM en matière de systèmes d'information, nous élaborerons les outils opérationnels qui nous permettront rapidement de construire cette plateforme d'intégration, d'analyse, d'échange et de diffusion des données sur le sous-sol.

Comment, et dans quels délais, le RGF va-t-il se mettre en place ?

Le principe de construction du RGF défini par le conseil scientifique est de procéder par entités géologiques, au sein de chantiers régionaux successifs. Près de deux décennies pourraient être nécessaires à un déploiement complet sur tout le territoire français. Toutefois, la réalisation du RGF pourra se trouver accélérée grâce à des “chantiers d'opportunité”, en l'occurrence des projets compatibles parce que bâtis sur le même modèle de réconciliation de données. Je pense ici à des projets à financement européen (Interreg, Feder…) ainsi qu'à des opérations réalisées dans le cadre de grands aménagements, voire pour le monde industriel.

Sur quelles bases vont se déployer les "chantiers" RGF, et l'outil évoluera-t-il ?

La réconciliation de l'ensemble des données de surface et souterraines d'une entité géologique, en vue d'une représentation en trois dimensions, consiste d'abord à réunir, réinterpréter et valider les informations issues des cartes géologiques, de la Banque de données du sous-sol (BSS), des forages pétroliers ou géothermiques, ainsi que toutes les données géophysiques, gravimétriques, sismiques… déjà acquises par le BRGM sur les formations concernées. Des acquisitions nouvelles - notamment à l'occasion de thèses - permettant de combler des lacunes ou d'affiner les connaissances sont également prévues, ainsi que l'intégration de toutes les données émanant des autres partenaires du projet.

Le RGF s'enrichira de manière continue : chaque entité scientifique ou académique participante mettra l'outil à jour avec ses nouvelles connaissances, et les utilisateurs eux-mêmes pourront faire remonter le fruit des travaux qu'ils auront réalisés grâce au RGF. Ces enrichissements seront bien sûr soumis à la validation du comité scientifique du BRGM.

Quels seront les utilisateurs et les utilisations du RGF, et comment ?

Le BRGM et ses Directions régionales, dans leur mission d'appui aux politiques publiques, seront bien sûr les premiers concernés. A terme, le RGF sera ouvert à tous les utilisateurs potentiels de données géologiques, Etat, collectivités territoriales, bureaux d'études… via un accès internet à la plateforme, d'où chacun pourra extraire les données qui correspondent à ses besoins, pour la gestion des risques naturels, la protection de l'environnement, la recherche de ressources naturelles et minérales, la géothermie…